

Par Jean-Sébastien
Coutu, avril 2000, Québec Micro!
Marre
de dîner aux chandelles en solo? Nous
sommes des millions sur le web et
votre partenaire idéal surfe quelque
part. - WMS, agence matrimoniale lyonnaise.
Christine
ne jure que par Match.com, un méga-site
de rencontre qui compte 100,000 abonnés
payants. L'Américaine de 38 ans explique
: "Je suis très douée pour me
faire des amis dans la vie, mais pas
pour la romance. Match.com c'est international,
je peux tisser des liens et les entretenir
quel que soit l'endroit où je suis".
Les petites annonces des journaux?
"Trop local, trop long"
insiste-t-elle. Christine a payé 60$
pour son abonnement de 6 mois. Elle
a enregistré son profil et indiqué
ce qu'elle attendait du mari rêvé.
Venus, le robot de Match.com, s'occupe
ensuite d'entremettre les abonnés
qui présentent des signes de compatibilité.
Reste alors à titiller les affinités,
s'échanger des photos et puis se rencontrer.
Malgré
des succès mitigés jusqu'à maintenant,
Christine ne renoncera pas, elle qui
dit chercher un homme sérieux en quête
lui aussi d'un amour durable. Chez
Match.com, on se vante d'avoir aidé
à boucler 200 mariages et contribué
à la naissance de douze bébé en 1998
seulement.
La
technologie au service de l'amour
"Quand
la voiture a été inventée, les gens
se sont empressés de l'utiliser pour
avoir des relations sexuelles, explique
la sexologue Isadora Alman. Le Net
est aujourd'hui utilisé de la même
manière". Elle poursuit : "Ce
qui est sûr, c'est que ça inverse
le sens habituel d'une relation. On
commence par discuter avant de se
rencontrer".
Justement,
le médium sert les timides et les
femmes apprécient l'anonymat du début.
Même si le contact réel devient vite
inévitable, le Web joue le rôle de
préservatif de rencontre. Les premiers
câlins se font donc via souris et
modem interposés. Dans le cyberespace,
pas d'haleine fétide, pas de cheveux
en bataille, ni même la vérité. Hommes
et femmes déjà engagés cachent la
réalité de leur situation et entretiennent
une relation pas tout à fait honnête
au profit d'une sorte d'amour platonique.
"On
s'est jamais vu dans la vraie vie,
mais je l'aime". Annie, une Québécoise
de 42 ans est follement amoureuse
d'un Parisien. Seule ombre au tableau,
elle est mariée. Depuis, elle vit
chaque soir dans l'angoisse de l'adultère
virtuel et craint que son mari ne
la surprenne en flagrant délit, malgré
la "pénombre de la chambre".
Coincée entre ses deux mensonges (son
amoureux virtuel ignore qu'elle est
mariée), Annie est candidate à une
peine d'amour qu'elle ne pourra partager
avec personne.
Le
grand arnaque
"Homme
bien membré cherche belle femme, grosse
poitrine, pour rencontres occasionnelles".
De tels messages, il s'en écrit chaque
jour des millions sur l'Internet.
Embusqués dans tous les coins, les
prédateurs sexuels sont aux aguets.
Sur IRC (réseau de discussion en mode
texte), les annonces de ce mauvais
goût défilent jusqu'à l'overdose,
jour et nuit, dans toutes les langues,
dans toutes les couleurs. Il existe
bien sûr des canaux dédiés à ce genre
d'activité mais puisque les femmes
les désertent, les mâles se retrouvent
entre eux à remplir des écrans inutilement.
Il semble même que les participants
n'ont pas la finesse d'esprit de remarquer
que dans la longue liste de pseudonymes,
il n'en existe pas un seul au féminin.
Qu'à cela ne tienne, ils poussent
la ténacité jusqu'à programmer des
messages intermittents et automatiques
qui reparaissent toutes les 5 minutes.
Las, plusieurs se déguisent finalement
en femmes et s'offrent en pâture.
Des fenêtres privées s'activent et
des couples éphémères se forment le
temps d'une partie de cybersexe.
Mais
tout le monde n'est pas aussi maladroit.
Des gigolos experts usent de tous
les stratagèmes pour se rapprocher
de leurs proies en douceurs. D'abord
les photos, puis les mots doux en
format .wav, les mp3 de musique romantique
triés avec science, les gestes calculés
à la webcam… Et même la page personnelle
chez Geocities avec Cupidon en guise
de fond d'écran sur laquelle on crie
son amour. Moments intenses d'émotion
brute, quoi. Ces hommes collectionnent
ensuite leurs conquêtes et les gèrent
comme un vrai cheptel qu'ils consomment
avec méthode patience, dépendamment
du degré de maturation de chaque candidate.
Les
sites de rencontre sont devenus un
véritable marché de la chair fraîche
qui tentent de faire croire aux abonnés
qu'ils sont à deux clics de souris
de l'amour de leur vie. Énormément
de gens se laissent malheureusement
prendre au jeu et deviennent des proies
faciles. Des histoires qui se terminent
souvent en tragédies de cœur silencieuses
que les victimes n'ébruitent pas.
La
cyberomance de consommation coûte
cher aussi. Les sociétés de crédit
comme Visa et MasterCard ont à gérer
des tonnes de plaintes de clients
arnaqués qui ont vu leur abonnement
mensuel renouvelé sans leur consentement.
Mais les plus belles histoires d'horreur
proviennent de ces sites de mariage
en ligne qui proposent des Natasha,
Tatiana et autres belles slaves du
Bloc de l'Est aux yeux magnifiques.
Des femmes qui annoncent sans pudeur
qu'elles cherchent un gentil mari
américain ou canadien et qu'elles
sont prêtes à accepter tous les caprices,
pourvu qu'un homme les sorte de leur
pays. Suffit donc de s'abonner au
site entremetteur pour pouvoir envoyer
un courriel à la femme de son choix
dans le catalogue, photos aguichantes
à l'appui. Après plusieurs mois de
correspondance, l'abonné est même
invité à venir lui rendre visite.
Le site s'occupe de tout en faisant
même office d'agence de voyage.
Mais
comme l'ont démontré plusieurs reportages
d'enquête depuis, derrière une telle
organisation se cache une toute autre
réalité. La quasi-totalité des femmes
montrées poseraient pour une poignée
de dollars et ne sauraient même pas
à quoi servent vraiment leurs photos.
Des femmes mariées, souvent, et avec
des enfants, à qui on invente des
propos farfelus. Leur correspondance
est entretenue par des employés engagés
à cette fin. Le quotidien Libération
rapportait récemment que des milliers
d'Ukrainiennes avaient été utilisées
pour entretenir le canular. Et pour
les braves qui osent encore faire
le voyage, le cœur plein d'espoir…
Ils sont chanceux s'ils ne sont pas
carrément dépouillés par une bande
de bandits, sitôt quitté l'aéroport.


Autres
articles publiés :
Fridoline
le Tamagotchi
Case
Modding
Cyber
Rencontres
Des
singes échouent à réécrire Shakespeare
Le
mythe du Golem
The
Sims Online à la dérive
Le
phénomène cyberpunk
>>>
Mes honoraires de référenceur
>>>
Me contacter