

Par Jean-Sébastien
Coutu, juin 2003
Néons
ultraviolets, câbles fluorescents,
grilles incandescentes, badges, glaces
teintées, boutons en titane oxydé
ou moulures translucides, l'industrie
du case modding (littéralement "
modification du boîtier ") ne
manque pas d'imagination pour stimuler
un marché qui n'est pas sans rappeler
celui de la voiture modifiée. Un marché
qui s'adresse principalement à une
clientèle jeune et joueuse qui fréquente
les LANs (Local Area Network, joutes
organisées durant lesquelles plusieurs
joueurs se mesurent les uns aux autres
en raccordant leurs machines à un
réseau local). C'est alors l'occasion
d'épater la galerie en exhibant sa
bécane et peut-être même d'intimider
l'adversaire puisque les évocations
sataniques, mortuaires et radioactives
sont courantes et faciles à réaliser.
Des compagnies comme Antec, Sunbeam,
PC Toys et Xoxide aiguillonnent l'élan
créatif des modders en leur proposant
d'impressionnantes palettes d'accessoires.
Selon
Fred Kohan, président d'un géant manufacturier
américain (Hypersonic PC) qui mise
notamment sur le panache de ses boîtiers
pour envahir la scène du LAN, les
joueurs accordent beaucoup d'importance
au look de leur système. "C'est
devenu une sorte de spectacle, dit-il.
Chaque joueur veut montrer qu'il possède
le système le plus cool." Kohan
pense que les LANs sont le théâtre
d'une compétition qui pousse les joueurs
à investir toujours plus d'argent
pour améliorer l'esthétique de leur
machine. "C'est comme un défilé
de mode. Ils veulent tous un système
qui attirera l'attention aussitôt
qu'ils passeront la porte."
Case
modding 101
Au
début des années 1980, la mine effacée
des micro-ordinateurs inspire quelques
propriétaires agacés qui, allant jusqu'à
compromettre la garantie du fabricant,
commencent à repeindre leur boîtier.
Des artistes peintres proposent même
leurs services dans les magazines
d'informatique. Mais les temps sont
à la puissance de traitement et au
perfectionnement des moniteurs. La
plupart des consommateurs conservent
donc intacts ces boîtiers d'un beige
neutre destinés à se fondre dans tous
les décors.
En
1998, la compagnie Apple orchestre
la plus importante campagne publicitaire
de son histoire. Elle choisit l'acteur
américain Jeff Goldblum (Parc Jurassique,
La Mouche) pour incarner l'original
propriétaire du iMac, une machine
translucide aux courbes voluptueuses
et offerte dans une combinaison de
couleurs insolite : bleu Bondi et
blanc cassé (inspirée d'une plage
de surf australienne réputée pour
l'étrange couleur de ses vagues et
de son écume). Viendront ensuite les
couleurs fraise, bleuet, tangerine,
lime, raisin, rubis, sauge, flower
power et d'autres encore. "Pensez
différemment, insiste alors un Goldblum
goguenard et complice. Quelle est
votre couleur favorite? Le beige?"
Steve Jobs, chef de direction et co-fondateur
de Apple : "Pour la plupart des
clients, la couleur est beaucoup plus
importante que les mégahertz, les
giga-octets et autres termes du jargon
utilisé lors de l'achat d'un PC typique".
Le iMac est l'œuvre de Jonathan Ive,
un jeune designer britannique, qui
se réjouit : "L'une des choses
que vous remarquez quand les gens
s'approchent d'un iMac, c'est leur
langage corporel. Ils ont tendance
à sourire et à se tapoter la tête."
Avec
son iMac, Apple sert un véritable
électrochoc à l'univers, jusque-là
tranquille, du boîtier. La concurrence
n'est pas prête. Chez IBM, le produit
le plus attrayant demeure cet austère
boîtier noir NetVista dont il reste
des centaines de milliers d'exemplaires
à écouler. Impossible de revamper.
Le marketing fera cependant preuve
d'imagination en rebaptisant la couleur
noire par une spécification nettement
plus poétique : réglisse noire, caviar
et encre de calmar. Mais Apple introduit
beaucoup plus que des couleurs. Son
iMac translucide fait la démonstration
qu'il n'est pas déplaisant d'apercevoir
quelque peu les composantes qui encombrent
l'intérieur d'un boîtier.
Des
petits manufacturiers, souvent même
des particuliers, commencent à fabriquer
des composantes décoratives et des
outils qu'ils mettent en vente sur
le net. Coté boîtier, Lian Li, Cooler
Master, Shuttle, Soldam, Skyhawk,
Thermaltake et Nikao, inondent le
marché avec des tours légères, polyvalentes
et délibérément conçues pour servir
de châssis aux projets des modders.
Pour Chris Steele, le coup d'envoi
est donné au plus prenant des passe-temps.
À 32 ans, il dirige aujourd'hui la
plus importante ressource matérielle
en case modding au Canada (MODTHEBOX.com).
Il remarque que l'engouement récent
pour le case modding a coïncidé avec
celui du LAN. "Les joueurs passent
un temps fou à trafiquer leurs machines
en y ajoutant le dernier cri du plus
beau matériel, écrit Steele."
Pourquoi faire? Pour se montrer dignes
de leurs partenaires. L'allure de
ce que Steele appelle "le parfait
système de jeu" est ici déterminante
car elle atteste de la qualité et
de la puissance des composantes qui
ronronnent sous le capot.
Concours
de Case Modding
C'est
id Software, fondateur de QuakeCon
qu'il faut considérer comme le Super
Bowl de l'événement LAN, qui organisa
en 2000 le premier véritable concours
de case modding. Depuis, les commanditaires
manufacturiers s'associent volontiers
à tous les LANs d'envergure (BadLAN,
LANtrocity, Fragnation, Fragapalooza,
etc.) qui font appel à eux pour récompenser
les meilleurs modders. Les prix sont
en argent, en pièces ou en bons d'achats
d'une valeur pouvant atteindre les
milliers de dollars. Ces concours
sont devenus tellement populaires
qu'il y aurait pénurie de juges "d'expérience".
David Stellmack, éditorialiste technique
réputé du Tom's Hardware Guide, affirme
qu'il refuse régulièrement des offres
qui lui parviennent de partout à travers
le monde.
Si
les boîtiers examinés sont souvent
d'un kitsch lumineux déconcertant,
les juges sont occasionnellement charmés
par des créations d'un incontestable
intérêt artistique. Mais l'univers
du case modding récompense surtout
l'équilibre entre la performance et
l'esthétique. À look dévastateur il
faut associer performance canon. Il
revient donc aux joueurs de faire
la démonstration que leur machine
en a dans le ventre. Ces mini-écrans
LCD, qui indiquent température et
fréquence du processeur, ont la cote.
Idem pour les gros systèmes de refroidissement
liquide équipés d'un compresseur gros
comme un pamplemousse capable de plonger
l'intérieur de votre machine à -15
ºC (VapoChill). Sinon, l'insonorisation
au caoutchouc (comme dans les sous-marins
nucléaires) demeure une idée très
prometteuse. Et pour les as de la
bricole que la gloire n'intéresse
pas, il est toujours possible de décrocher
un prix de consolation en joignant
l'utile à l'agréable avec le cooler
à bière intégré, la cafetière ou la
disco mobile de 100 watts!


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